Si tu utilises un outil de newsletter, tu as probablement reçu cet été quelques mails te parlant de pixels, de tracking et de consentement.
Peut-être même 60.
Et si tu n’utilises pas toi-même un outil d’emailing, tu t’es peut-être demandé ce qu’on te demandait exactement d’accepter.
Parce que derrière cette petite case se cache un système assez discret : le pixel de suivi.
Une minuscule image invisible qui peut permettre de savoir si tu as ouvert un email, quand tu l’as ouvert et, selon les outils et leur paramétrage, récupérer d’autres informations sur cette ouverture.
Le tracking des emails n’est pas nouveau.
Mais le 14 avril 2026, la CNIL a publié une recommandation spécifiquement consacrée à ces pixels, afin de préciser les règles qui s’appliquent à leur utilisation.
Alors, qu’est-ce qu’un pixel de suivi ? Qu’est-ce qu’il permet réellement de savoir ? Faut-il demander le consentement de ses abonnés ? Et est-ce qu’on peut encore connaître le taux d’ouverture de sa newsletter ?
On démêle tout ça.
1. Un pixel de suivi dans une newsletter, c’est quoi ?
Un pixel de suivi est généralement une toute petite image invisible, souvent de 1 × 1 pixel, intégrée dans un email.
Contrairement à une image classique directement contenue dans ton message, celle-ci est hébergée sur un serveur distant.
Lorsque ton destinataire ouvre l’email et que son logiciel de messagerie charge l’image, une requête est envoyée au serveur. L’adresse de cette image peut contenir un identifiant permettant de rattacher son chargement à un destinataire précis.
C’est notamment grâce à ce mécanisme que ton outil d’emailing peut déterminer qu’un email a été ouvert.
Et donc afficher ce fameux : « Taux d’ouverture : 42 % »
Jusque-là, ça paraît plutôt innocent.
Mais le pixel peut en savoir un peu plus.
2. Concrètement, qu’est-ce qu’un pixel peut savoir sur toi ?
Prenons Monique.
Monique ouvre ta newsletter mardi à 22 h 47 sur son iPhone.
Selon l’outil utilisé et son paramétrage, le pixel peut permettre de savoir :
- qu’elle a ouvert l’email ;
- quand elle l’a ouvert ;
- quel type d’appareil elle utilise ;
- son adresse IP et, potentiellement, une localisation approximative ;
- si elle ouvre plusieurs fois le même email.
La CNIL cite précisément l’ouverture, le jour et l’heure, le type d’appareil ainsi que la localisation approximative pouvant être déduite de l’adresse IP parmi les informations susceptibles d’être récupérées.
Tout ça grâce à une image que Monique ne voit même pas.
Et ton outil d’emailing peut également suivre d’autres interactions, notamment les clics dans tes newsletters, grâce à des liens traçants. Techniquement, ce n’est pas le pixel qui suit ces clics : ce sont des liens contenant un identifiant ou un paramètre permettant de rattacher l’action au destinataire. La recommandation d’avril ne les couvre d’ailleurs pas directement, même si la CNIL rappelle dans sa FAQ qu’ils restent eux aussi soumis aux règles applicables en matière de protection des données.
Bref.
Ton petit tableau de statistiques contient potentiellement un peu plus d’informations sur Monique qu’elle ne l’imagine.
3. Pourquoi tout le monde en parle en 2026 ?
Parce que l’utilisation des pixels dans les emails s’est largement développée.
Et les signalements aussi.
La CNIL explique avoir constaté une croissance importante de leur utilisation ces dernières années et recevoir un nombre croissant de signalements et de plaintes à leur sujet.
Elle a donc publié, le 14 avril 2026, une recommandation entièrement consacrée aux pixels de suivi dans les courriers électroniques. Puis, le 22 juillet, une FAQ est venue préciser certains cas concrets.
Mais attention à un raccourci que j’ai vu passer pas mal de fois : non, une nouvelle loi sur les newsletters n’est pas apparue en avril 2026.
Les règles concernant les traceurs existaient déjà. La recommandation vient surtout expliquer comment les appliquer spécifiquement aux pixels intégrés dans les emails.
Et elle ne concerne pas uniquement les énormes bases de données des multinationales.
Entreprise, association, administration… ou freelance avec 37 personnes dans sa liste.
À partir du moment où tu utilises des pixels de suivi dans tes emails, tu peux être concernée par ces règles.
Même si ta stratégie marketing tient dans un tableau Notion et que tu n’as absolument aucun projet de revendre les habitudes de lecture de Monique à une multinationale.
4. Faut-il demander le consentement pour suivre ses newsletters ?
Ça dépend de ce que tu veux mesurer.
Et c’est probablement la distinction la plus importante à retenir.
Si tu veux suivre individuellement le comportement de tes abonnés à des fins marketing, le consentement est nécessaire.
Par exemple, utiliser les informations récoltées sur les ouvertures d’une personne pour mesurer son intérêt, personnaliser les prochains contenus qu’elle recevra ou adapter tes campagnes en fonction de son comportement.
En revanche, certains pixels peuvent être exemptés de consentement dans des cas très encadrés.
C’est notamment le cas de certains usages liés à la délivrabilité d’un email explicitement demandé par le destinataire.
Dit comme ça, je sais, on n’est pas beaucoup plus avancées.
L’idée est notamment de pouvoir identifier les abonnés devenus inactifs afin d’adapter la fréquence des envois ou de cesser de leur envoyer des emails, pour préserver la réputation du système d’envoi.
Et là, la CNIL est assez stricte sur ce qui est réellement nécessaire : pour cette finalité, elle considère qu’en principe la date de dernière ouverture à la journée suffit. Pas besoin de savoir que Monique a ouvert ton email à 22 h 47 depuis son iPhone.
5. Peut-on encore connaître le taux d’ouverture de sa newsletter ?
Oui.
Et c’est là que les choses deviennent un peu plus subtiles.
Les données obtenues légalement grâce à un pixel exempté de consentement peuvent ensuite être réellement anonymisées et regroupées pour produire des statistiques globales.
Par exemple : « 42 % des abonnés ont ouvert cette newsletter. »
La FAQ publiée par la CNIL en juillet confirme explicitement cette possibilité pour calculer un taux d’ouverture global.
En revanche, il ne suffit pas de collecter toutes les informations possibles sur chaque abonné puis de dire : « Pas de souci, à la fin je n’affiche que 42 %. »
Ce serait un peu trop facile.
Le fait que la statistique finale soit anonyme ne rend pas automatiquement licite la collecte individuelle qui a permis de l’obtenir.
En résumé : savoir globalement si ta newsletter est lue et suivre précisément le comportement de Monique, ce n’est pas la même chose.
Et c’est justement cette différence qu’il faut regarder dans les fonctionnalités proposées par ton outil d’emailing.
6. Et si tu avais déjà une liste d’abonnés avant avril 2026 ?
C’est là qu’interviennent tous les mails que tu as probablement reçus cet été.
Pour les adresses collectées avant le 14 avril 2026, la CNIL a prévu une période transitoire de trois mois.
Pendant cette période, les organismes pouvaient continuer à utiliser certains pixels à condition d’envoyer une information claire à leurs destinataires et de leur permettre de s’y opposer facilement. Le délai courait en principe jusqu’au 14 juillet 2026, avec une possibilité de prolongation raisonnable dans certaines situations objectivement justifiées et documentées.
Si tu as correctement informé tes abonnés pendant cette période et qu’ils ne se sont pas opposés au suivi, tu n’as donc pas nécessairement besoin de leur demander aujourd’hui un nouveau consentement uniquement parce que les trois mois sont terminés.
En revanche, si tu n’as rien fait et que tu utilises des pixels qui nécessitent un consentement, il faut désormais recueillir ce consentement avant de continuer à les utiliser.
Sinon, tu dois désactiver le suivi concerné.
Et si tu te reconnais dans cette situation, le premier truc à faire n’est donc pas de paniquer.
C’est d’aller voir ce que ton outil mesure réellement.
Parce que tous les réglages de tracking ne servent pas aux mêmes choses et ne sont pas soumis exactement aux mêmes conditions.
7. Et pour tes nouveaux abonnés ?
C’est plus simple : tu peux gérer la question dès l’inscription.
Tu dois informer clairement la personne du suivi que tu souhaites mettre en place et, lorsque ce suivi nécessite son consentement, le recueillir dans les conditions prévues par la réglementation.
Et évidemment : pas de petite case précochée (jamais).
Le consentement doit résulter d’un vrai choix.
Avec une nuance : recevoir une newsletter et accepter son tracking ne sont pas toujours deux consentements totalement indépendants.
La CNIL donne notamment l’exemple d’une newsletter personnalisée dans laquelle le suivi participe directement au service demandé. Dans certaines situations de ce type, un consentement unique peut couvrir des finalités suffisamment liées.
Voilà voilà.
Le RGPD adore les réponses qui commencent par « ça dépend ».
En parlant de RGPD, n’oublie pas de vérifier que ton site est en règle
8. Et quand tu es de l’autre côté de la newsletter ? Toi, lecteur/lectrice.
Parce qu’il y a évidemment l’autre versant de cette histoire.
Celui où c’est toi, Monique.
Tu reçois un email qui te demande si tu acceptes le tracking.
Et tu as parfaitement le droit de répondre non.
Un pixel est invisible. Les informations qu’il permet de recueillir peuvent être utilisées pour aller bien au-delà d’un simple taux d’ouverture. Être informée de ce suivi et pouvoir le refuser est donc parfaitement légitime.
Mais je trouve qu’une fois qu’on sait exactement ce qu’on nous demande, une autre question devient intéressante : est-ce que j’ai envie de l’accepter ?
Personnellement, lorsqu’une petite entreprise ou une indépendante que j’ai choisi de suivre m’explique clairement quelles informations elle souhaite recueillir et pourquoi elles lui sont utiles, j’ai plutôt tendance à dire oui.
Pas parce que le tracking est anodin.
Mais parce que je sais ce que représentent ces quelques statistiques quand on pilote seule son activité.
- Savoir si un sujet intéresse vraiment ses abonnés.
- Voir si ses emails sont lus ou envoyés dans le vide.
- Comprendre si le temps passé à écrire une newsletter sert à quelque chose.
Et quand je dis « le temps passé », tu sais très bien que les 3h prévues finissent rarement en 3h.
Et dans ce contexte, accepter de partager certaines informations peut aussi être une toute petite façon de soutenir une entreprise qu’on apprécie.
9. Petit gentil vs gros méchant
Évidemment, non. Je ne suis pas en train de te dire :
petite entreprise = gentil usage des données
multinationale = grand méchant qui veut connaître la couleur de ton pyjama
Ce serait pratique.
Mais un peu simpliste.
Une petite entreprise peut parfaitement faire n’importe quoi avec les données qu’elle collecte. Et une grosse structure peut avoir mis en place des pratiques très encadrées.
Les questions importantes sont plutôt :
- Qui me demande cette information ?
- Pourquoi ?
- Qu’est-ce qu’elle va en faire ?
- Et est-ce que j’ai envie de la lui donner ?
C’est aussi ça, reprendre le contrôle de ses données personnelles.
Pas forcément tout accepter.
Pas forcément tout refuser.
Savoir ce qu’on nous demande pour pouvoir choisir.
Alors, on retient quoi ?
La recommandation de la CNIL ne signe pas la fin des statistiques dans les newsletters.
Elle oblige surtout à mieux distinguer la mesure globale des performances du suivi individuel des destinataires, et à demander le consentement lorsque ce dernier est nécessaire.
Si tu envoies une newsletter, regarde donc précisément ce que ton outil collecte et dans quel but plutôt que de simplement chercher un bouton « conforme RGPD ».
Et si tu en reçois une, tu sais désormais un peu mieux ce qui peut se cacher derrière la petite demande de consentement arrivée dans ta boîte mail cet été.
Après ça ?
À toi de choisir ce que tu as envie de partager.


